Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Au-pays-de-Goewin.over-blog.com

Au-pays-de-Goewin.over-blog.com

Les livres de Goéwin

Publié le par Goéwin
Publié dans : #Littérature, #Roman, #Camps de concentration, #Shoah, #Holocauste, #Babelio

Résumé :

Avril 1945. Daniel, jeune rabbin venu d’Amérique, s’est engagé auprès des troupes alliées pour libérer l’Europe. En Allemagne, il est l’un des premiers à entrer dans les camps d’Ohrdruf et de Buchenwald et à y découvrir l’horreur absolue. Sa descente aux enfers aurait été sans retour s’il n’avait croisé le regard de cet enfant de quatre ou cinq ans, qui attend, dans un silence obstiné, celui qui l’aidera à retrouver ses parents.


Quand un homme de foi, confronté au vertige du silence de Dieu, est ramené parmi les vivants par un petit être aux yeux trop grands.

Mon avis : ♥ ♥ ♥ ♥ ♥

Un roman bouleversant qui vous touche en plein cœur !

Daniel, un jeune rabbin américain de 28 ans, s'est engagé comme aumônier auprès des Forces armées. Nous sommes en avril 1945 et rien ne l'a préparé à la barbarie à laquelle il va être confronté. Il se retrouve en Allemagne et est appelé de toute urgence à Ohrdruf où se trouve un camp de concentration rattaché à Buchenwald. Là, il va croiser le regard d'un enfant de 4-5 ans environ, mutique, à qui il va faire la promesse de retrouver ses parents. Cet enfant, sur lequel il va veiller, lui donnera la force de tenir face à l'horreur et l’innommable.

Je remercie les Éditions Buchet Chastel ainsi que Babelio qui m'ont proposé ce livre. Tout comme l'auteur et son personnage, je ne cesse de me poser des questions sur le pourquoi et le comment on peut en arriver à cette barbarie. Mais également si on a la foi, sur le silence de Dieu. Comment peut-Il laisser se perpétrer de telles horreurs ? Et pourquoi cette haine des Juifs, toujours vivante malheureusement, ce désir de les anéantir ?

« Le Temps des orphelins » est un roman qui nous plonge dans la barbarie des camps de concentration. Avec Daniel, nous allons participer à la libération des camps d'Ohrdruf et de Buchenwald.  La seule chose qu'il peut faire, c'est écouter les témoignages des survivants et tenter de les aider à retrouver leurs familles en notant leurs coordonnées. Les sauveteurs sont également confrontés à leur impuissance. Impossible de nourrir les détenus correctement : ils sont tellement affaiblis qu'une nourriture trop riche ou importante les tue. Impossible de les libérer des camps immédiatement, ils provoqueraient des épidémies comme celle du typhus.

L'histoire du peuple Juif n'est qu'une longue suite de destruction, déportation, exil... J'ai été frappée par la manière dont certains psaumes datant du roi David correspondent de manière troublante avec ce que vivaient les Juifs dans les camps :

« Éternel, pourquoi Te tiens-Tu éloigné,

Pourquoi Te caches-Tu quand la détresse est là ?

Sans honte, le méchant exploite les pauvres ;

les voilà pris grâce à ses machinations.

[…] Ses méthodes sont toujours efficaces ;

les jugements de Dieu ne l’affectent pas.

D’un souffle, il balaie ses adversaires.

[…] en cachette, il assassine l’innocent.. »

Comment ne pas être bouleversés par les questions du capitaine Reuben : « Pourquoi ne vient-Il pas nous aider, Rabbi ? Ne voit-Il pas que Son peuple est en train de crever, de disparaître, d'être exterminé jusqu'au dernier ? Qu'attend-Il pour les sauver, vous pouvez me le dire ? Qu'il n'en reste plus un, plus un seul ? N'avait-Il pas promis à Moïse de nous protéger et de nous aimer sur mille générations ? Ne sommes-nous pas Son peuple élu, celui avec lequel Il est censé avoir passé une alliance censée ne jamais finir ? » Et comme Daniel, nous n'avons pas d'autre explication que la liberté que nous laisse Dieu d'agir comme nous le voulons. Laurent Sagalovitsch nous atteint en plein cœur avec cette interrogation de Daniel : « Que pouvait-il y avoir de si détestable chez nous autres Juifs pour être haïs de la sorte, au point qu'on veuille exterminer jusqu'au dernier de nos enfants ? » L'auteur alterne les chapitres qui concernent Daniel avec les lettres que lui envoie son épouse Ethel. Le contraste est frappant et apporte une note de douceur à l'ouvrage tout en montrant le gouffre qui sépare Ethel et tous ceux qui continuent à vivre une vie "normale" de ceux qui savent.

« Le temps des orphelins » est un livre d'une grande humanité qui ne cesse d'interroger le silence de Dieu. Il nous parle du pire et du meilleur de l'être humain. Il n'apporte pas de réponse et nous ne pouvons que continuer à nous demander comment il est possible à l'homme de se transformer en monstre et à espérer — hélas, je n'y crois pas trop — que plus jamais nous ne vivrons ou accepterons une telle barbarie et que l'antisémitisme n'existera plus.

Que pouvait-il y avoir de si détestable chez nous autres Juifs pour être haïs de la sorte, au point qu'on veuille exterminer jusqu'au dernier de nos enfants ? Comment nous autres qui n'étions rien, qui ne possédions ni terre, ni pays, ni administration, juste l'héritage d'une mémoire transmise de génération en génération, une peuplade égarée aux quatre coins du monde, en perpétuel exil, sans armée ni soldats, pouvions-nous inspirer un tel dégoût, une aversion si profonde qu'elle emportait tout sur son passage, la raison comme la morale, la bonté autant que la pitié ? Savaient-ils seulement, tous ces gens assez lâches pour nous enfermer au fin fond de leur camp, que nous étions comme eux ? Leurs peurs étaient nos peurs, leurs larmes ressemblaient aux nôtres, nos cœurs battaient..

Le temps des orphelins, page 190

La libération d'Ohrdruf

 

Grille de la porte d’entrée du camp de Buchenwald « Jedem das Seine » : « A chacun son dû »

 

Voir les commentaires

Articles récents

Hébergé par Overblog